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Lettre à mes parents


"Mes chers parents, Aujourd’hui, j’ai choisi de vous écrire, parce que j’ai le cœur lourd. Je me rends compte que vous avez toujours été présents, que vous m’avez accompagné dans mon épanouissement, que grâce à vous, je suis la femme que j’incarne aujourd’hui. Que même si nous ne sommes pas toujours d’accord, même si notre relation n’est pas toujours facile, nous gardons ce lien si important. Il y a un sujet que nous abordons peu, un sujet pourtant qui me fait très (trop) souvent pleurer, et qui est presque un tabou dans notre relation. Et c’est pour briser ce tabou que j’ai choisi de prendre ma plume aujourd’hui. Vous le savez, j’ai un travail passionnant, très prenant surtout. Je gagne très bien ma vie. J’épargne, j’investis, je me fais des week-ends et des sorties de folies. Je voyage à l’autre bout du monde très facilement. Je rencontre de nouvelles personnes, qui deviennent au fur et à mesure mes amis, ou bien des personnes avec qui je parle simplement de banalités. Je fais des projets, je vis une vie effrénée, avec un emploi du temps plus qu’occupé. Mais lorsque je rentre de ces week-ends, de ces voyages, de ces rencontres, je reviens toujours au même constat : il me manque quelque chose de viscérale dans ma vie. J’ai beau avoir une vie qui me plaît, j’ai aujourd’hui plus de 30 ans et je suis célibataire. Oui, je suis célibataire. Et clairement, je ne suis pas pleinement heureuse. Je profite de la vie, je tente de combler tout le manque qui est présent, et pourtant ça ne me rend pas heureuse. À la fin d’une soirée, même si c’était "super", je me sens vide. J’enchaîne des activités toujours extraordinaires, mais c’est creux. Parce qu’aujourd’hui mon célibat, je n’en veux plus. J’ai envie de vivre une vie simple, rythmée, presque banal… ! Oui, j’attends de vivre une vie normale ! Souvent, nous entendons dans les médias des célibataires affirmer haut et fort que le célibat n’est pas un problème. Que c’est une liberté inespérée. Et surtout que c’est un réel accomplissement. Mais je ne suis pas d’accord ! Moi, je ne vois pas de sens dans ce célibat, je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi c’est si difficile de rencontrer quelqu’un… Car c’est sûrement là le problème ! Je n’ai pas encore rencontré un homme avec qui je souhaite partager ma vie… Et ça me rend tellement triste ! Je me sens parfois tellement impuissante dans cette réalité, que je n’assume pas, que je ne choisis pas, que je ne comprends pas. Alors quand je viens vous voir ou quand je vous appelle, je sens très facilement que suis considérée comme une enfant, parce que je suis célibataire. Et ça, je crois que c’est plus douloureux que tout le reste. Oui, je n’ai pas de famille, oui, je n’ai pas d’homme à mes côtés, oui, je n‘ai pas d’enfant. Mais qu’est-ce que j’y peux ? Franchement, vous n’imaginez pas la souffrance qui m’habite dès qu’on m’annonce un mariage, un "maquage", une grossesse. Vous n’imaginez pas comme je ferme ma "bouche" lorsque vous n’avez rien trouvé de mieux que de m’entasser dans une chambre avec mes neveux et nièces, parce qu’il n’y a pas "assez de place". Vous n’imaginez pas comme je me sens seule lorsque vous prenez soin des couples qui vous entourent, mais pas de moi. Qui prend soin de moi aujourd’hui ? Personne. Et c’est bien pour cette raison, que lorsque je viens chez vous, j’ai besoin que vous ayez une attention particulière pour moi. Car ce célibat, je ne l’ai pas choisi, je le subis. Vous imaginez la violence ? Ces quelques mots sont vraiment là pour que vous ne me considériez plus comme votre "petite fille", mais bien comme une femme. Une femme qui est autonome, une femme qui gère sa vie, une femme qui se prend des coups dans la figure à longueur de journée. Maman, je ne crois pas que tu aies, un jour, été autonome comme je le suis, vécu la vie que je vis, été confronté à tout ce qui m’arrive. Et ce n’est pas grave. Mais qu’est-ce qu’être adulte ? C’est avoir un homme à ses côtés et potentiellement des enfants ? Je ne crois pas. Aussi, si je vous écris ces mots aujourd’hui, c’est sincèrement pour que vous compreniez la douleur qui m’habite de ne pas comprendre pourquoi je n’arrive pas à rencontrer quelqu’un ! Parce que sincèrement, je ne comprends pas ! Je sais que c’est mystérieux, je sais que je ne peux pas me comparer, je sais que ça ne se passe pas au mérite. Mais vraiment, cette situation est très douloureuse pour moi… Et juste pouvoir en parler avec vous, pleurer avec vous, vous dire quand je tente des choses, ou lorsque je me rapproche d’un homme, ça me ferait beaucoup de bien. Ne pas être considérée comme "à part", mais être simplement considérée comme votre fille. Qui galère certes, mais qui ne galère pas ? Mon frère galère bien à avoir des enfants, alors quelle différence ? Sérieusement, il n’y a pas d’échelon dans la souffrance, donc entendez que je ne me compare pas, mais que j’ai autant besoin de vous, de vos paroles, de votre réconfort, de votre considération surtout, que tous les autres. Ne faisons plus de cette situation qu’est mon célibat un tabou. Car je crois que les tabous enferment. Et je ne veux surtout pas m’enfermer dans mon célibat. Donc plus nous ouvrirons le dialogue, plus j’arriverai à avancer. Je suis heureuse, c’est certains. Mes choix de vies m’amènent à sourire tous les jours. Mais j’ai un manque énorme… Et j’ai tellement hâte de le combler ! En attendant, soyez là, présent, à l’écoute et dans le soin, plus que pour n’importe qui d’autres. Je vous en fais la demande, et celle-ci vient du fond de mon cœur. J’ai hâte de parler de tout ça en vrai, mais je suis heureuse de l’avoir posé par écrit, pour dénouer les nœuds et délier les langues. Avec toute ma tendresse,

Votre fille"



Après la lettre à mes amies en couple et la lettre à mes amies célibataires, j'ai trouvé qu'il manquait cette lettre à mes parents. Surtout en cette période de l'année, où les retrouvailles familiales peuvent être douloureuses.


Aussi n'hésitez pas à partager, faire lire ou simplement reprendre des mots de cette lettre, pour aussi affronter le tabou du célibat. Car celui-ci ne doit pas exister, surtout dans votre famille !


Belle semaine,


Marie-Liesse







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