Lettre à mes amies en couple


Lettre d'une femme célibataire à ses amies en couple

"Ma chère amie,


Nous avons été proche, très proche même, et aujourd’hui on peut le dire, nous nous sommes perdues de vue. Enfin, c’est un peu logique ! Toi, tu as rencontré ton homme à la fin de tes études, vous avez commencé à avancer, à faire des projets, à vous engager, à vous aimer toujours plus, à avoir un, puis deux, puis trois enfants, à acheter votre petit chez vous, à faire des projets toujours plus insolites qui construisent votre couple et ancrent vos vies.


Et puis moi, pendant ce temps-là, j’ai bossé comme une folle, j’ai eu des histoires sans lendemain, j’ai décidé de changer de ville, de vie, et de boulot, en espérant construire quelque chose. Mais malgré ces changements, ces mises en danger et ces va-et-vient, je n’ai jamais rencontré cet homme avec lequel partager ma vie. Et ça, c’est une immense tristesse pour moi.


Alors si j’ai fermé la porte à notre amitié, j’en suis désolée. Mais si je l’ai fait, c’est parce qu’en fait, tu as tout ce que je désire, tout ce que je n’ai pas. Et passer du temps avec toi, ça me rend profondément triste et ça me ramène trop violemment à ma situation. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, j’ai décidé de poser des mots, pour te dire un peu plus ce que je vis, que tu comprennes pourquoi j’ai fermé cette porte, et surtout pour te proposer de la réouvrir.


Depuis que tu vis avec ton homme, depuis que vous avez des projets de bébé, de maison, de voyage, je te sens vivante, heureuse, éblouissante même. Et moi, j’ai l’impression d’être sans vie. Je te sens remplie de beauté, de joie, d’amour, de projets, alors que moi, je n’ai rien. Rien de tout ça. Moi, j’attends, je patiente et j’espère rencontrer un homme. Et rien que ça, ça me demande une énergie colossale. Une énergie qui me rabaisse à chaque fois que j’échoue. C’est très certainement égoïste et enfermant, mais je peux te dire que je pleure dans mon cœur quand je vois tes enfants et votre vie qui me fait tant rêver.


Tu vois le plus étrange, c’est que je compare ma vie à la tienne. Car pour moi, tu vis le rêve de ma vie. Et j’ai l’impression que dans la mienne de vie, il ne se passe rien. Absolument rien.


Pardon de te dire ça, alors que je sais que tu peux parfois envier ma liberté, mes projets à n’en plus finir, mes amis aux quatre coins du monde. Je sais que je te fais rêver avec ma vie de bohème, remplie de propositions et d’étincelles. Mais en fait, je crève d’amour. Je n’attends que l’amour. Je m’épuise à espérer l’amour.


Car mon désir, si profond, si ancré, si présent est celui d’aimer un homme passionnément. De faire l’amour avec lui sans voir le temps passer et de vivre quelques instants une fusion totale. Je crève d’envie d’avoir des projets à deux, de partir sur un coup de tête passer mes vacances à deux et découvrir avec l’autre des lieux nouveaux qui resteront nos souvenirs communs. Je crève de désir d’avoir des enfants, de voir la chair de ma chair grandir, s’épanouir, avancer dans la vie. Je crève de désir de les prendre dans mes bras, de sentir leur peau contre moi, de les consoler, de les engueuler, de les cajoler et surtout de les aimer. Je crève… car je n’y arrive pas.


Ce désir est si puissamment présent en moi que je n’y arrive pas. Et quand je te vois, avec tout ton bonheur et tout cet amour qui t’entoure, eh bien je t’envie. Car qui m’aime, moi ? Qui prend soin de moi ? Qui me fait des câlins ? Qui me montre que je suis sa merveille ? Qui me met toujours à la première place ? Qui pense à moi dans tous ces projets ?


Personne.

Je ne suis unique pour personne. Pour aucun homme et pour aucun enfant.


Alors bien sûr je suis heureuse. Je n’attends pas d’être en couple pour l’être. Je n’attends pas que ça me tombe dessus, je suis active, je met des choses en place, je rencontre régulièrement des nouvelles têtes. Je fais des projets de dingue, je croque la vie, j’avance, je travaille sur moi, je tombe et me relève. Bien sûr je prends le temps de m’aimer, de voyager, de construire le boulot de mes rêves. Bien sûr j’ai une liberté de dingue, je refuse rarement des propositions, des projets, et des escapades. Mais à chaque fois qu’on m’annonce un maquage, un mariage ou une naissance, je me repose systématiquement cette question : "Et moi ?".


En fait, je vis dans la douleur quotidiennement. Je pleure, je crie, je ne comprends pas… et pourtant j’ai une telle espérance, et heureusement qu’elle est là celle-là ! Et donc, quand je me prends dans la figure une remarque comme "mais je ne me fais aucun souci pour toi", c’est très éprouvant pour moi. J’ai l’impression que vous, les personnes en couple, pensez que c’est facile, mais moi, je galère.


Voilà, tu sais tout. J’ai conscience que mes propos peuvent être douloureux et très clairement incompréhensibles pour toi, et je m’en excuse, mais désormais tu comprends un peu plus ce que je vis.


Aussi, pour terminer, j’ai envie de te faire une proposition : cette porte aujourd'hui, j’ai envie de la réouvrir. Pour retrouver cette amie qui me manque tant, pour lui confier mes doutes et mes peurs, et surtout pour constater que même si on a des vies bien différentes pour le moment, le socle de notre relation est toujours bien présent. Car je ne crois pas que nos vies affectives déterminent ce que nous sommes… en tout cas c’est ce que je suis en train de comprendre et c’est pour cette raison que je viens réouvrir la porte. Que nous osions poser des mots en toutes vérités et en toute transparence sur ce que nous vivons, nos difficultés et nos joies. Que nous soyons l’une pour l’autre une oreille attentive, simple et gratuite. Que nous nous remettions à rire comme avant à gorge déployée. Et que nous constations que malgré nos vies si différentes, nous n’avons pas changé !


Voilà ma proposition ! Maintenant, c’est à toi de me dire si tu es ok pour que je tourne la poignée, et que nous prenions le temps de nous retrouver tout simplement.


Je t’embrasse,

Ton amie"


Il y a quelque temps j'ai publié la Lettre à mes amies célibataires (épisode 55) pour que les femmes célibataires puissent entendre et comprendre comment leurs amies en couple peuvent les percevoir. Et puis, l'une d'entre vous m'a suggéré d'écrire cette lettre à nos amies en couple. Elle m'a dit que ça serait bien que les femmes en couples comprennent ce que ressentent leurs amies célibataires.


Aussi j'ai tenté dans cette lettre de poser quelques émotions, de nommer des manques, d'exprimer des sentiments, et de poser les avantages et inconvénients du célibat. Mais cet exercice est particulièrement délicat car nous avons toutes une manière bien à nous de vivre ce célibat.


Alors, cette lettre n'est pas là pour enfermer, elle n'est pas non plus là pour nous faire pleurer, mais elle a encore une fois comme objectif de nous faire avancer en engageant le dialogue entre femmes. Pour que ce sujet affectif qu'est le célibat ne soit plus un tabou. Car il l'est, et je trouve ça trop dommage. Nous avons besoin les unes des autres. Nous avons besoin de nos amies, de leurs conseils, de leur écoute, de leur profondeur... car c'est ce que font les femmes depuis toujours : se retrouver pour échanger ! Et peu importe leur vie affective ! Car un homme, aussi merveilleux soit-il, ne pourra pas remplacer ces amitiés et ces discussions "de nanas".


Pour avancer je vous encourage, lorsque vous en aurez le courage, d'envoyer cette lettre (par mail, sms, WhatsApp... ou d'écrire votre propre lettre) pour renouer avec vos amies qui n'ont pas "la même vie que vous". Car je vous assure qu'en posant des mots, en parlant de vos émotions, de vos besoins et de vos vies, vous retrouverez très rapidement ce lien si fort et si précieux. Et vous sortirez de votre tête que la vie des autres est plus belle que la vôtre !


Belle semaine,


Marie-Liesse